L'émiratisation du secteur privé : son impact sur les entreprises étrangères
Ces dernières années, les Émirats arabes unis ont activement réformé leur économie, passant d'un modèle principalement axé sur l'attraction de la main-d'œuvre étrangère à un système plus équilibré donnant la priorité aux citoyens émiratis. Au cœur de cette transformation se trouve le programme d'émiratisation, un ensemble de mesures législatives, institutionnelles et économiques visant à accroître la part des citoyens émiratis dans le secteur privé.
Alors que l'émiratisation était auparavant de nature consultative, elle est aujourd'hui une politique d'État obligatoire, assortie d'objectifs clairs, d'un système d'amendes, d'incitations financières et d'un contrôle direct du ministère des Ressources humaines et de l'Émiratisation (MoHRE). Pour les entreprises internationales, cela implique une adaptation stratégique aux nouvelles réalités : de la révision de la structure RH à la planification des budgets pour d'éventuelles amendes ou à la participation aux programmes de soutien de l'État.
Selon les dernières modifications réglementaires, à compter de 2023, toutes les entreprises privées immatriculées aux Émirats arabes unis et employant au moins 50 salariés sont tenues d'augmenter la part de ressortissants émiratis au sein de leur main-d'œuvre qualifiée d'au moins 2 % par an. Parallèlement, les banques et les compagnies d'assurance appliquent des normes plus strictes : 4 et 5 % respectivement. L'objectif de cette politique est d'atteindre 10 % d'Émiratis au sein de leur main-d'œuvre qualifiée d'ici 2026.
Depuis 2024, la politique d'émiratisation a été partiellement étendue aux petites entreprises de 20 à 49 employés, mais uniquement dans certains secteurs reconnus comme prioritaires, tels que l'informatique, la finance, l'éducation et la santé. Il est important de noter que ces exigences ne s'appliquent pas aux entreprises immatriculées dans les zones franches (telles que DMCC, DIFC et ADGM), bien que des mécanismes similaires y soient progressivement mis en place par le biais de recommandations, de subventions et de conditions d'agrément.
Les citoyens émiratis concernés par les quotas sont exclusivement titulaires d'un passeport émirati. Le fait de détenir un visa de résident de longue durée ou d'être un investisseur ne confère pas à un employé un statut d'« Émirati » d'un point de vue juridique.
La violation des exigences d'émiratisation entraîne des sanctions financières. Ainsi, en 2024, l'amende pour un citoyen disparu s'élevait à 96 000 AED par an (environ 26 000 dollars). À partir de 2025, l'amende augmentera de 1 000 AED par an, pour atteindre 108 000 AED en 2026. De plus, l'amende n'est pas infligée une seule fois, mais chaque année, jusqu'à ce que l'entreprise atteigne le quota obligatoire. Outre la responsabilité financière, les contrevenants s'exposent à la suspension de leur licence, à l'interdiction de participer aux appels d'offres publics et à l'inscription sur la liste noire du ministère des Ressources humaines et de l'Éducation.
Parallèlement, les entreprises qui respectent ou dépassent les quotas bénéficient de plusieurs avantages : subventions gouvernementales pour les salaires des citoyens émiratis, jusqu'à 8 000 dirhams par mois et par employé, selon leurs qualifications, indemnisations pour la formation continue et le perfectionnement, ainsi que réduction du coût des services publics, notamment la prolongation des licences, des visas et des permis de travail. De plus, ces entreprises bénéficient d'une priorité dans la distribution des commandes publiques.
Malgré le soutien officiel, de nombreux employeurs sont confrontés à des difficultés objectives. Dans plusieurs secteurs, on observe une pénurie de personnel qualifié parmi les citoyens émiratis, notamment dans les domaines de l'ingénierie, des techniques et de l'informatique. Les différences en termes d'attentes salariales, de perspectives de carrière et d'horaires de travail sont également importantes. De plus, certaines entreprises, cherchant à se conformer officiellement aux exigences, ont recours à l'emploi fictif d'Émiratis. En 2023, le ministère des Ressources humaines et de l'Emploi a renforcé la lutte contre ces pratiques, en instaurant des amendes pouvant aller jusqu'à 100 000 AED pour les contrats fictifs et une interdiction de participer aux programmes de soutien de l'État pour une durée maximale de cinq ans.
L'émiratisation n'est pas seulement un outil de stabilité sociale, mais aussi une opportunité de construire des processus commerciaux durables et ancrés localement. Pour les entreprises opérant dans un environnement hautement concurrentiel pour gagner la confiance de leurs clients, de leurs partenaires et de l'État, le respect des exigences d'émiratisation peut devenir un élément important de leur stratégie de réputation et opérationnelle.
Garant Business Consultancy accompagne les entreprises internationales dans leur conformité à la législation des Émirats arabes unis. Nous les aidons à analyser et à mettre en œuvre les quotas obligatoires, à préparer les contrats de travail, à établir une communication avec le ministère des Ressources humaines et de l'Emploi et à élaborer des stratégies RH tenant compte de l'émiratisation. Que vous soyez nouvellement implanté sur le marché émirien ou que vous envisagiez de vous développer aux Émirats, ce sujet deviendra inévitablement une priorité. Nous vous aiderons à le résoudre efficacement et systématiquement.